Zoé Quetu est lauréate du prix de thèse de l’Association Française de Science Politique (AFSP) et de la Fondation Mattei Dogan
Grâce à l’appui financier de la Fondation Mattei Dogan, l’Association Française de Science Politique décerne depuis 2007 plusieurs prix visant à récompenser les auteur(e)s des travaux les plus prometteurs en science politique francophone. Ces prix sont remis, tous les deux ans, lors des congrès nationaux de l’AFSP.
L’Association a poursuivi en 2026 sa politique d’attribution de 4 prix de thèse en partenariat avec la Fondation Mattei Dogan qui visent à récompenser les meilleures thèses de doctorat en science politique.
Parmi les lauréat.e.s des quatre prix de thèse de doctorat en science politique pour l’année 2026 figure Zoé Quetu. Les prix ont été remis lors du congrès de l’AFSP à Lyon.

Zoé Quetu est docteure en science politique, autrice d’une thèse Au prisme de l’ethnie. Catégorisations ordinaires et luttes politiques des Batwa au Burundi soutenue le 9 octobre 2025.
Comment l’ethnicité est-elle venue à s’imposer comme le cadre principal d’énonciation et d’appréhension d’une condition subordonnée ? Si de nombreux travaux ont analysé la construction sociale et politique des catégories ethniques dans des contextes variés, la manière dont celles-ci ont été incorporées par des acteur·ices ordinaires dans leur vie quotidienne, et mobilisées comme langage du politique, reste encore peu explorée. Cette thèse aborde cette question à partir du cas des Batwa au Burundi, une minorité spécialisée dans l’artisanat, confrontée à une grande pauvreté depuis le tournant néolibéral des années 1990, laquelle se superpose à une discrimination sociale et une exclusion politique plus anciennes. Au croisement de la sociologie des catégorisations et de celle des mobilisations, la thèse met en évidence la manière dont des acteur·ices subordonné·es s’appuient sur une appartenance ethnique pour exprimer un sentiment d’injustice, tisser des réseaux de solidarités et contester des rapports de force. Pour saisir ces dynamiques, je propose la notion de « prisme ethnique », qui désigne la façon dont l’ethnicité fonctionne comme une grille centrale de lecture et de catégorisation du monde social. Initialement imposé par des dispositifs de pouvoir, ce prisme a progressivement été intériorisé par des acteur·ices ordinaires, au point de structurer leurs manières de vivre et d’interpréter leur position subordonnée. Ces résultats s’appuient sur une enquête qualitative menée au Burundi entre 2018 et 2021, comprenant 113 entretiens avec des habitant·es de villages ruraux (principalement dans les provinces de Muyinga et de Gitega), ainsi qu’avec d’acteur·ices engagé·es dans des mobilisations politiques autour de la cause « Batwa » à plusieurs échelles. La thèse examine d’abord les conditions historiques ayant contribué à la subordination spécifique de ce groupe. En mobilisant des archives coloniales et des sources orales, je montre comment les Batwa ont été progressivement exclu·es des structures de pouvoir depuis la période coloniale, puis comment les transformations globales et nationales des années 1990 ont participé à leur appauvrissement. Je m’intéresse ensuite à la manière dont des acteur·ices s’appuient sur leur appartenance ethnique pour donner un sens à ces inégalités et négocier un accès à diverses ressources, telles que la terre, des emplois journaliers subalternes ou des droits politiques à différents niveaux.
En octobre 2025, elle a rejoint l’équipe du programme DECRIPT (Dispositif d’Étude des Crises et des Récits cIvilisationnels par la Pluridisciplinarité et les Terrains) pour y mener un projet postdoctoral intitulé : « Aux marges de la civilisation. ‘Traditions africaines’ et exclusion des minorités de genre et sexuelles au Burundi ».
