LAM accueille Pamela OHENE-NYAKO, postdoctorante en histoire, du 14/04/2025 au 01/02/2026

Pamela OHENE-NYAKO est historienne et vient effectuer des recherches postdoctorales sur « le militantisme des femmes subsahariennes immigrées en France et en Belgique francophone, années 1970-2010 ».
Elle est accueillie en tant que chercheuse invitée par le biais d’une bourse postdoctorale du Fonds national suisse (FNS).
Photo © Désiré Clarke
Quel est le contexte de votre venue ?
Je suis à LAM dans le cadre de ma recherche sur l’activisme des femmes immigrées subsahariennes en France et en Belgique francophone. J’ai obtenu une bourse postdoctorale du FNS qui encourage la recherche scientifique et la mobilité internationale pour une durée de 2 ans.
J’effectue donc ma première année en France et ensuite, je poursuivrai ma bourse à l’Université de Louvain en Belgique.
Quel est votre parcours avant de devenir postdoctorante ?
J’ai terminé ma thèse en histoire en octobre 2024 à l’Université de Genève où j’ai travaillé comme assistante-enseignante durant 6 ans. J’ai mené ma thèse sous la co-direction des prof. Alexander Keese et Aline Helg. Et elle porte sur l’histoire de la pensée intersectionnelle des femmes noires européennes engagées contre le racisme, le sexisme, l’exploitation économique et l’homophobie (1965-2001).
Mon étude traite aussi des diverses formes d’internationalismes que ces activistes ont adoptées pour faire entendre leurs plaidoyers en dehors des frontières de leurs États et sortir de l’isolation. J’ai eu l’opportunité d’enseigner sur mon sujet ainsi que de dispenser des séminaires en histoire internationale et en méthodologie.
En 2021, j’ai obtenu une bourse de mobilité doctorale qui m’a permis d’être « visiting researcher » à l’Université d’Amsterdam durant 10 mois (sept. 2021- juil. 2022) où j’ai bénéficié de l’expertise de la Professeure Elizabeth Buettner, qui m’a supervisée.

A côté de mes activités académiques, je suis responsable d’une plateforme littéraire et pédagogique qui s’appelle Afrolitt’ et propose une série d’activités de médiation culturelle et scientifique, ainsi que des formations sur l’antiracisme et l’inclusion.
En savoir plus: https://afrolitt.com/
Quelles principales questions traitez-vous actuellement ?
Mes recherches de thèse m’ont montré à quel point le sujet de l’excision a été un enjeu politique et médiatisé en France hexagonale, en plus d’être une cause féministe. Le contexte postcolonial et anti-immigration des années 1970 et suivantes a fait que les féministes noires ont été prises en étau : elles défendaient l’abolition de l’excision mais s’opposaient aux discours racistes et stigmatisants qui l’entouraient, ainsi qu’à sa récupération politique. Cette complexité des rapports sociaux m’a interpellée et pour ce postdoc je me focalise sur les réseaux français et belges du GAMS et de la CAMS, ainsi que sur le mouvement des Sans-Papières en France.
Mes enquêtes aux archives m’obligent à élargir le champ pour y inclure les tensions simultanément liées à la polygamie, le mariage forcé ainsi que le droit de rester.
J’analyse les stratégies et discours des militantes, ainsi que leur internationalisme inter-européen et panafricain.
D’où vient cet intérêt pour vos recherches ?
Je me passionne pour la question de l’agentivité des personnes minorisées, en l’occurrence les femmes dans les sociétés coloniales et postcoloniales. En tant qu’historienne, j’estime comme d’autres que le passé comporte son lot de complexités et de clés de compréhension qui peuvent nous aider à nous situer aujourd’hui. Je fais de l’histoire car j’aime profondément la recherche archivistique, mais j’adopte un cadre transdisciplinaire en puisant dans la sociologie et la science politique. Aussi, je me focalise sur les femmes afrodescendantes, mais il s’agit de comprendre plus largement les rapports de pouvoir au sein de nos sociétés, ainsi que d’interroger ce qui fait politique et acte de citoyenneté.
Quelles sont vos motivations pour choisir LAM ?
Dre Sara Panata m’avait précédemment informée du cadre de travail et d’échanges stimulants au sein du laboratoire LAM et m’a recommandé Dre Marième N’Diaye comme référente au vu de son expertise sur le genre, le droit de la famille et la sociologie des mobilisations. Je suis très heureuse que Marième N’Diaye ait accepté et d’être accueillie par les collègues du LAM. C’est l’opportunité de connaître et de m’enrichir des perspectives et travaux d’autres chercheur-euses travaillant sur l’Afrique et ses diasporas, et ce dans une dimension pluridisciplinaire. Je me réjouis d’ores et déjà de la richesse de nos échanges et de possibilités de collaborations.
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Interview menée et réalisée par A-E PROST, 2025