Appel à contributions – “Le Sénégal des alternances”
Dossier coordonné par Marie Brossier (CIRAM, Université Laval, Canada), Amy Niang (The Africa Institute, Emirats arabes unis), Etienne Smith (LAM, Sciences Po Bordeaux, France).
? Date limite : 6 janvier 2026
Lire l’appel complet sur https://polaf.hypotheses.org/11371 | Télécharger l’appel (pdf)
Pour faire suite au dernier numéro consacré au Sénégal dans Politique africaine en 2004, dirigé par Tarik Dahou et Vincent Foucher « Sénégal 2000-2004, l’alternance et ses contradictions » (n. 96, pp. 5-118), l’ambition de ce dossier est d’analyser les ruptures, contrastes et continuités qui structurent l’espace et les pratiques du politique depuis la présidence Wade en abordant notamment les thèmes suivants (non exhaustifs).
- Transition politique et évolution des règles formelles/informelles du jeu politique
- Mobilisations politiques et sociales
- Les arts de gouverner dans un contexte reconfiguré d’extraversion internationale
Présentation de l’appel
Le Sénégal des alternances
Les récents coups d’État qu’ont connus plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest semblent témoigner de l’épuisement des processus de transition politiques amorcés dans les années 1990 (Opalo 2024). Cette remise en cause des régimes issus du suffrage électoral a ouvert une séquence politique nouvelle, marquée par une incertitude accrue quant à l’avenir des formes de légitimation du pouvoir dans la région. À rebours de cette remise en question des pouvoirs élus, le Sénégal reste un cas marqué par une relative stabilité démocratique comme en témoignent les trois alternances électorales qu’a connu le pays (2000, 2012 et 2024), malgré des moments de violences politiques (2011, 2021-2024) largement médiatisées sur la scène internationale.
Cependant, et malgré le récit d’une « success story » (Cruise O’Brien 1978) démocratique sénégalaise en Afrique de l’Ouest (Coulon 2000), fondée sur l’institutionnalisation d’une arène délibérative sur le temps long (Diouf 1998, Ruaud 2021), et la libéralisation progressive que le pays a entreprise depuis 1974 (Bodian 2016), le Sénégal a longtemps été décrit comme une « presidential monarchy ruled by patrimonial democrats » (Beck 1997). La première alternance de 2000, qui mit fin à quarante ans de règne du Parti socialiste (PS) avec l’arrivée au pouvoir d’Abdoulaye Wade, n’a pas conduit à une transformation structurelle du régime ni à une libéralisation politique significative. Au contraire, les mandats successifs de Wade (2000–2012) puis de Macky Sall (2012–2024) ont reconduit le modèle historique d’un exécutif hyperprésidentialisé, soutenu par une hégémonie partisane, d’abord celle du Parti démocratique sénégalais (PDS), ensuite celle de l’Alliance pour la République (APR). En référence à sa nature hybride, le régime sénégalais a été catégorisé comme une « démocratie patrimoniale » (Beck 1997, Brossier 2021), un « autoritarisme compétitif » (Levitsky et Way 2010, Kelly 2018) ou même une « démocratie sans démocrates » (Diop 2009). Les styles de leadership personnalisés de Wade et de Sall ont reconduit plutôt que mis fin au pacte clientéliste, renforcé les élites en place, généré une instabilité constitutionnelle (Thiam 2007) et institutionnelle, et restreint les libertés individuelles et politiques dans les moments de crises. L’accroissement de la pauvreté et des inégalités dans un contexte de forte croissance, les violations répétées des libertés civiles et l’érosion de la capacité de redistribution des ressources de l’État aux classes sociales inférieures ont suscité un mécontentement public soutenu au cours des deux dernières décennies. À ces fragilités structurelles s’ajoutent des dynamiques démographiques et territoriales puissantes : une croissance rapide de la population (18,12 millions d’habitants en 2023, ANSD 2024), une urbanisation polarisée (22 % de la population vit à Dakar, ANSD 2024), un chômage massif, des inégalités régionales marquées et une pression migratoire forte sur les plans national et international. Malgré la rhétorique gouvernementale autour de « l’émergence » et l’anticipation d’une rente pétrolière et gazière, le Sénégal occupait en 2023 la 168e place (sur 191) dans le classement de l’indice de développement humain du PNUD. Pour autant, et contrairement aux pays voisins, ces tendances de fond n’ont pas mis un terme au processus historique durable d’électoralisation du politique ni remis en cause, de manière frontale, le principe de résolution des conflits par les urnes.
Dans ce contexte, l’élection présidentielle de mars 2024 a même marqué un changement important, notamment pour deux raisons : elle constitue la première élection sans candidature du Président sortant et débouche sur la victoire dès le premier tour d’un parti d’opposition sans lien ni compromission officielle avec le régime sortant. Paradoxe et symbole que cette élection présidentielle qui a failli ne pas se tenir, mais qui a finalement confirmé la résilience de certaines institutions et la vigueur des mobilisations citoyennes.
Depuis la première transition de 2000, les partis au pouvoir n’ont pas été en mesure de consolider des réseaux informels durables avec des courtiers locaux (tels que certains leaders religieux et les notables territoriaux autrefois mobilisés par le PS) pour soutenir l’hégémonie durable du parti au pouvoir, ni avec des “incorporative political party organizations » pour les remplacer (Riedl 2014, Morse 2018). En outre, la trajectoire de l’opposition sénégalaise montre que les transitions de pouvoir, même lorsqu’elles s’opèrent à travers la reconfiguration de l’élite dirigeante par le truchement de la transhumance, tendent paradoxalement à renforcer les institutions. Ces processus reposent souvent sur un engagement renouvelé en faveur de l’application des règles constitutionnelles et électorales (Emordi 2024), ce semble aboutir à un « nouveau contrat social » (Diouf 2024).
Modalités de soumission
- Articles inédits en français, anglais ou langues nationales sénégalaises, appuyés sur des recherches de terrain.
- Images libres de droit à insérer dans le texte et à envoyer en fichier à part.
- À envoyer avant le 6 janvier 2026 aux coordonnateurs du dossier aux adresses suivantes : marie.brossier@pol.ulaval.ca , amy.niang@theafricainstitute.org , etienne.smith@sciencespo.fr
Possibilité d’informer les coordonnateurs en amont qu’une proposition d’article va être soumise.
- Articles de 55.000 signes maximum (notes et espaces compris). Voir Consignes aux auteurs: Soumettre à la revue – Politique africaine