LAM accueille Petra JIRANKOVA, doctorante à l’Université de Hradec Králové (République Tchèque)

Nous accueillons Petra JIRANKOVA, doctorante à l’Université de Hradec Králové (République Tchèque) jusqu’au 26/06/2026, pour un séjour de recherche dans le cadre de sa thèse portant sur la géopolitique de la transition énergétique au Sahel.
1. Quel est le contexte de votre séjour ?
Mon séjour au LAM (Les Afriques dans le Monde, Sciences Po Bordeaux) s’inscrit dans le cadre de ma thèse de doctorat à l’Université de Hradec Králové (République tchèque), consacrée à la géopolitique de la transition énergétique au Sahel.
Après un post-master au Centre d’Études Diplomatiques et Stratégiques (CEDS) de Dakar, je poursuis aujourd’hui mes recherches doctorales en développant une approche comparative à l’échelle régionale.
Je viens au LAM pour échanger avec des chercheur·se·s travaillant sur le Sénégal et les dynamiques sahéliennes — je tiens en particulier à remercier David Ambrosetti et Étienne Smith pour leur accueil et leur disponibilité — et pour bénéficier de l’environnement scientifique du laboratoire. Ce séjour me permet également d’élargir mon réseau académique et de développer des collaborations inscrites dans la durée.
2. D’où vient votre intérêt pour vos recherches ? Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours ?
Mon intérêt pour l’Afrique et pour les questions d’énergie et de souveraineté s’est construit au croisement d’un parcours en sciences politiques et relations internationales, poursuivi entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest.
J’ai obtenu un master en géopolitique et affaires internationales à l’Université du Sussex, où je me suis notamment intéressée aux approches de la géopolitique critique, qui invitent à interroger les récits dominants sur les ressources et le pouvoir.
J’ai ensuite réalisé un premier terrain sur la géopolitique de l’uranium au Niger, qui m’a permis d’appréhender la complexité des enjeux énergétiques sahéliens, dont je poursuis l’étude dans ma thèse. Cette expérience a confirmé l’intérêt d’articuler l’analyse des grandes dynamiques géopolitiques avec une attention fine aux acteurs locaux, aux territoires et aux populations concernées par les transitions énergétiques en cours.
3. Sur quels thèmes vos recherches portent-elles généralement ? Plus précisément, sur quelles questions/problématiques de recherche principales travaillez-vous ?
Mes recherches portent sur la géopolitique de l’énergie, la souveraineté énergétique et la justice énergétique, dans un contexte de recomposition profonde des relations internationales en Afrique de l’Ouest.
Plus précisément, je compare la trajectoire du Sénégal — en voie de devenir producteur de gaz avec le projet Grand Tortue Ahmeyim — à celle des États de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), qui cherchent à redéfinir de façon plus radicale leurs dépendances énergétiques et minières.
Trois grandes problématiques structurent ce travail : les conditions concrètes d’une souveraineté énergétique face aux dépendances structurelles héritées de la période coloniale ; la rivalité entre puissances extérieures (France, Russie, Chine, États-Unis, pays du Golfe) et ses effets sur les politiques publiques régionales ; enfin la justice énergétique, en tant qu’approche permettant d’évaluer la distribution des bénéfices, la qualité des procédures de décision et la reconnaissance des populations concernées.
4. Quels défis pensez-vous devoir relever ou êtes-vous en train de relever, et comment comptez-vous les surmonter ?
Le principal défi est l’accès au terrain dans certains pays du Sahel, que je contourne par une approche combinant entretiens à distance, mobilisation de réseaux diasporiques et analyse documentaire approfondie.
S’y ajoute un défi plus analytique : articuler une pluralité de disciplines — science politique, géopolitique, études du développement, sociologie des acteurs — et confronter mon regard à d’autres points de vue, notamment ceux des chercheur·se·s africain·e·s, des praticien·ne·s du secteur énergétique et des acteurs de la société civile.
Outre l’accès à la bibliographie francophone, le séjour au LAM me permet de multiplier précisément ces échanges scientifiques et disciplinaires, essentiels pour structurer et enrichir cette recherche.
5. Quels conseils donneriez-vous aux autres visiteurs du LAM ?
Je conseillerais de bien préparer son séjour en amont, en identifiant les chercheur·se·s avec lesquel·le·s on souhaite dialoguer, et d’aller spontanément à leur rencontre : l’équipe du LAM est particulièrement accueillante et disponible. Le temps passe très vite, d’autant plus que les premiers échanges ouvrent souvent la voie à de nouvelles découvertes — nouvelles pistes bibliographiques, références inattendues, projets collectifs. Je conseillerais donc de garder une certaine souplesse dans son programme de travail afin de saisir ces opportunités, et de penser le séjour comme le point de départ d’une collaboration plus large avec le laboratoire plutôt que comme un moment isolé.