LAM accueille Manuel Gómez Campos, professeur de traduction et interprétation à l’Université de Cordoba

Nous accueillons Manuel Gómez Campos, professeur de traduction et interprétation à l’Université de Cordoba, pour un séjour de recherche portant sur la traduction de la littérature féminine africaine francophone, principalement en Afrique de l’Ouest, du 02 mars au 30 avril 2026
1/ Quel est le contexte de votre séjour ?
Mon séjour au LAM s’inscrit dans le cadre de mes recherches sur la traduction, les études culturelles et la littérature féminine francophone, en particulier celle de l’Afrique de l’Ouest. Ce séjour me permet d’approfondir certains axes de réflexion liés aux dynamiques culturelles, aux circulations littéraires et aux processus de médiation linguistique entre espaces francophones et hispanophones.
2/ D’où vient votre intérêt pour vos recherches ? Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours ?
Mon intérêt pour ces recherches naît de ma formation en traduction et de mon engagement dans l’étude des relations entre langue, culture et pouvoir. Je suis professeur de traduction et interprétation à l’Universidad de Córdoba (Espagne), où j’enseigne notamment la traduction spécialisée, l’interprétation, la traduction multimédia et les outils professionnels pour la traduction. Ma pratique professionnelle en tant que traducteur de pages web et interprète me permet d’apporter une dimension concrète et appliquée à mon enseignement, en transposant directement en classe les défis et les réalités du métier. Je suis membre du groupe de recherche HUM-1108 Traducción y Discurso Especializado (TRADIES), au sein duquel je développe aussi mes recherches sur la traduction des discours spécialisés, notamment le secteur de la bijouterie et du tourisme, et depuis lequel nous organisons, tous les deux ans, le Congrès International en Traduction et Discours Touristique (TRADITUR), un espace privilégié de réflexion scientifique, de transfert de connaissances et de collaboration entre chercheurs et professionnels du secteur.
Au fil de mon parcours, je me suis orienté vers l’analyse de la traduction comme outil de transmission culturelle, mais aussi comme espace de tension, de négociation et parfois de transformation des discours. Cette trajectoire a abouti à la soutenance, en 2023, de ma thèse doctorale intitulée : « El proceso traductor en la literatura femenina africana francófona del África Occidental ». Ce travail, mené dans une perspective à la fois traductologique, féministe et postcoloniale, analyse le processus de traduction à travers les œuvres d’autrices francophones issues de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Bénin et le Burkina Faso. Une attention particulière y est accordée à l’œuvre de la romancière sénégalaise Aminata Sow Fall, dont les textes constituent un cas d’étude privilégié pour examiner les mécanismes par lesquels la traduction participe à la circulation, ou à l’effacement, des voix littéraires féminines africaines dans l’espace hispanophone.
3/ Sur quels thèmes vos recherches portent-elles généralement ? Plus précisément, sur quelles questions/problématiques de recherche principales travaillez-vous ?
Mes recherches portent principalement sur la traduction de la littérature féminine francophone d’Afrique de l’Ouest vers l’espagnol, les dynamiques de visibilité/invisibilité des autrices africaines dans l’espace éditorial ; les enjeux culturels, idéologiques et éthiques de la médiation, ainsi que sur la traduction spécialisée (notamment les secteurs du tourisme et de la bijouterie).
Je porte également un intérêt marqué à la dimension didactique de ces thématiques, convaincu que la littérature africaine francophone constitue un support particulièrement riche pour l’enseignement du français et de la traduction. C’est dans cette perspective que nous menons actuellement le projet de recherche « AFLETRAD : Matériaux didactiques sur la littérature africaine francophone pour l’enseignement du français et de la traduction », soutenu par l’Universidad de Córdoba. Ce projet vise à élaborer des matériaux pédagogiques innovants à partir de la littérature féminine africaine francophone, destinés à enrichir la formation en langues et en traduction.
4/ Quels défis pensez-vous devoir relever ou êtes-vous en train de relever, et comment comptez-vous les surmonter ?
L’un des principaux défis est celui de la circulation équitable des voix littéraires issues des périphéries culturelles. Beaucoup d’autrices francophones africaines restent peu traduites ou peu visibles dans l’espace hispanophone, et les chiffres sont à cet égard particulièrement significatifs : nos études révèlent que 27 % des œuvres écrites par des autrices sénégalaises ont été traduites en espagnol, tandis que pour des pays comme le Bénin ou le Burkina Faso, aucune traduction vers l’espagnol ne nous est connue à ce jour.
Ce déficit de visibilité s’explique en partie par un phénomène plus profond : des pays comme l’Espagne vivent encore largement tournés le dos à l’Afrique. Le continent africain reste trop souvent perçu comme une réalité lointaine, ce qui se traduit par un intérêt éditorial et académique encore insuffisant pour ses littératures, et en particulier pour les voix féminines qui les portent.
À cela s’ajoute un autre défi majeur : l’évolution rapide des technologies de traduction, notamment l’intégration croissante de l’intelligence artificielle, qui oblige à repenser les pratiques professionnelles et pédagogiques.
Pour relever l’ensemble de ces défis, je mise sur une approche résolument interdisciplinaire, sur le travail en réseau international et sur un dialogue constant entre recherche et pratique pédagogique. Des projets comme AFLETRAD et des collaborations avec des centres comme le LAM constituent des réponses concrètes à ces enjeux.
5/ Quels conseils donneriez-vous aux autres visiteurs du LAM ?
Je leur conseillerais de profiter pleinement de la richesse interdisciplinaire du LAM, d’initier des échanges au-delà de leur propre champ disciplinaire.