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Soutenance de thèse LAM – Monsieur Roger Nicolas OYONO MENGUE – « La loyauté inégale. Une sociologie politique des motions de soutien au Président du Cameroun depuis 1990 »

30 novembre / 14h00 – 18h00

Thèse de Doctorat effectuée sous la direction de Madame Sophie DUCHESNE (Directrice de recherche CNRS Centre Émile Durkheim) et Madame Emmanuelle BOUILLY (Professeure des universités en Science Politique, Université de Lille)

Composition du jury

M. Fred EBOKO, Université de Paris Cité, Rapporteur
M. Jean-Louis BRIQUET, Université de Paris 1 – Panthéon – Sorbonne, Rapporteur
M. Yves DÉLOYE, Sciences Po Bordeaux, Examinateur
Mme Marie-Emmanuelle POMMEROLLE, Université de Paris 1 – Panthéon – Sorbonne, Examinatrice
Mme Carole BACHELOT, Université de Paris – Panthéon – Assas, Examinatrice

Mots-clés : Loyauté inégale, Sociologie politique, Motions de soutien, Président de la République, Élites, Conflits

Résumé:

Cette thèse propose une sociologie politique des motions de soutien adressées au président de la République du Cameroun depuis la réintroduction du multipartisme en 1990. Très présentes dans l’espace public, ces déclarations ont rarement été constituées en objet de recherche à part entière. La littérature les analyse principalement comme des instruments de légitimation du pouvoir présidentiel, des manifestations routinières de fidélité ou des héritages du parti unique. Sans remettre en cause ces interprétations, cette recherche propose de prolonger l’analyse. La thèse montre que les motions de soutien ne sont pas uniquement des instruments de légitimation du régime. Elles constituent également un espace de concurrence entre les acteurs qui cherchent à manifester publiquement leur proximité avec le chef de l’État, à renforcer leur propre légitimité et à consolider leur position dans les différents espaces du pouvoir. Loin d’être de simples déclarations protocolaires, elles donnent à voir les relations qui se nouent entre le président de la République, les élites politiques, administratives, économiques, religieuses et communautaires, ainsi que les multiples groupes sociaux qui revendiquent une place dans l’ordre politique camerounais. Cette démonstration s’appuie sur la notion de « loyauté inégale ». Celle-ci désigne une relation politique dans laquelle les acteurs doivent manifester publiquement et régulièrement leur fidélité au président sans avoir la garantie d’obtenir la reconnaissance espérée. Le pouvoir présidentiel conserve la capacité d’apprécier la valeur des offres de soutien, de déterminer la nature de leur éventuelle contrepartie et de choisir le moment de son attribution. Cette asymétrie place les acteurs dans une concurrence permanente pour la visibilité, les ressources et les positions. Les motions de soutien constituent dès lors un observatoire privilégié de l’articulation entre la légitimation du président, celle de leurs producteurs, les attentes de redistribution et les rivalités qui structurent la production du soutien. La recherche repose sur quinze mois d’enquête au Cameroun et associe méthodes quantitatives et qualitatives. Elle mobilise un corpus inédit de 1556 motions de soutien publiées entre 2007 et 2021 dans Cameroon Tribune, quotidien édité par la Société de presse et d’éditions du Cameroun (SOPECAM). Le traitement statistique permet d’objectiver les régularités du corpus. Les observations participantes et les entretiens menés auprès de responsables de la SOPECAM, de membres du gouvernement, de responsables administratifs et partisans, de militantes et militants, d’élites locales, de responsables religieux ainsi que de personnes ayant participé à la rédaction des motions de soutien replacent ces régularités dans leurs conditions sociales et politiques de production. Les résultats mettent d’abord en évidence la diversité des acteurs engagés dans la production du soutien. Ils révèlent ensuite des temporalités de publication étroitement liées aux élections, aux nominations et promotions administratives, aux crises politiques, aux visites présidentielles et aux principaux événements de la vie du régime. L’analyse des discours identifie enfin des registres de justification relativement stabilisés, mais ajustés aux conjonctures. Ces répertoires contribuent simultanément à légitimer le président, à renforcer la position des producteurs des motions de soutien et à les distinguer de leurs concurrents. Au-delà du cas camerounais, cette recherche propose une sociologie des relations ordinaires qui participent à la stabilité des régimes à pluralisme limité. Elle montre comment la reproduction du pouvoir repose sur l’articulation entre autorité institutionnelle, ressources publiques, manifestations de fidélité et attentes incertaines de redistribution.

Informations pratiques

  • 30 novembre 2026, 14h, Sciences Po Bordeaux, 11 allée Ausone, 33607 Pessac – Salle Erasme
  • Sur inscription, adresser un mail à roger.oyonomengue@scpobx.fr